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Rien sur Robert , film français de Pascal Bonitzer, sorti en 1999

Distribution:

  • Fabrice Luchini : Didier Temple
  • Sandrine Kiberlain : Juliette Sauvage
  • Valentina Cervi : Aurélie Coquille
  • Michel Piccoli : Lord Ariel Chatwick-West
  • Bernadette Lafont : Mme. Sauvage
  • Laurent Lucas : Jerome Sauveur
  • Denis Podalydès : Martin
  • Nathalie Boutefeu : Violaine Rachat
  • Micheline Boudet : Mme. Temple
  • Edouard Baer : Alain de Xantras
  • Violetta Sanchez : Ariane Morgenstern
  • Wilfred Benaïche : Igor
  • Marilu Marini : Ana
  • Alexis Nitzer : Monsieur Temple
  • Dimitri Rataud : Arthur Temple

Fiche technique:

  • Titre : Rien sur Robert
  • Réalisation : Pascal Bonitzer
  • Scénario : Pascal Bonitzer
  • Image : Christophe Pollock
  • Montage : Suzanne Koch
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 107 minutes
  • Date de sortie : 24 février 1999

A la suite d'une critique qu'il n'aurait pas du écrire sur un film bosniaque qu'il n'a pas vu et d'une dispute avec son amie Juliette, Didier va voir sa vie changer et ses repères s'effondrer. Juliette le quitte pour un autre.

Il rencontre une jeune fille étrange, Aurélie, ainsi qu'un certain Jérôme, qui est peut-être son double. Au bout du chemin, il lui faudra découvrir qu'on n'écrit pas et qu'on n'aime pas impunément.

Le point de départ du film est directement inspiré de l'affaire Underground de Emir Kusturica.
L'ex-"Nouveau Philosophe" Alain Finkielkraut avait dénigré le superbe film de Kusturica dans une tribune du Monde, accusant le cinéaste bosniaque de faire œuvre de propagande et de se placer résolument du côté de Milosevic et de son rêve de la Grande Serbie, tout cela sans avoir vu le film, ce qu'il n'avoua qu'après coup, une fois la polémique démarrée.

Pascal Bonitzer a tourné un film cruel où le spectateur ne peut prendre qu'un certain plaisir aux gifles assénées à Didier car celui-ci ne provoque qu'une antipathie justifiée. Le fait que le personnage soit excellemment et d'une façon très sobre interprété par Fabrice Luchini, acteur crispant,sans parler du personnage médiatique, et habituellement dévorée de logorrhée verbale, renforce l'effet.

Ce bon film comporte deux scènes majeures: l'humiliation verbale et publique infligée à Didier au cours d'un dîner par un Michel Piccoli sans pitié et celle, dans un café, par sa fiancée (Sandrine Kiberlain) qui lui assène crûment les grandes qualités de baiseur de son nouvel amant comparées aux siennes. Celle-ci, dure comme un caillou, détaille de manière hyperréaliste ses expérimentations sexuelles "comment je me suis faite sodomisée par E B et comment j'ai tâché les draps avec plein de merde".

Mais un autre sujet vient peu à peu se greffer sur le premier et, finalement, prendre le dessus, au risque de gripper la machine comique: une sorte de modélisation anthropologique des rapports amoureux en milieu urbain. En gros, une loi du triangle, pas proprement originale, qui fait qu'on n'aime vraiment sa ou son partenaire que quand elle ou il vous nargue avec un tiers.
Bonitzer organise un marivaudage entre le sixième arrondissement et un chalet des Alpes, entre Didier et Juliette d'un côté et, de l'autre, leurs rivaux respectifs. Didier fricote, à ses risques et périls avec Aurélie, une énamourée saisie de coliques néphrétiques, aussi fragile que Juliette est forte.
Juliette agite successivement deux "chiffons rouges": elle couche d'abord avec un réalisateur télé, puis menace d'en faire autant avec Jérôme Sauveur, plumitif en vogue dont l'aura et l'élégance mortifient Didier. C'est drôle et vachard mais aussi un peu mécanique.

Personne ne s'appelle Robert dans le deuxième opus de Bonitzer. Le prénom renvoie à une réplique furtive, hors intrigue, balancée négligemment pendant la pause déjeuner, à propos du poète Robert Desnos. Il n'est pas interdit, toutefois, de faire parler ce titre qui met un point d'honneur à ne rien vouloir dire. D'une part, le film, évoque de très loin Desnos, par ses embardées surréalistes, ses accès oniriques ou cauchemardesques ou poétiques. D'autre part, s'il n'y a rien sur Robert (Desnos) dans la librairie, on peut présumer qu'il n'y aura jamais rien non plus sur Didier (Temple).

Didier ne pourra jamais inspirer ni compassion ni empathie. Le plaisir du film consistera à suivre, à bonne distance, le spectacle des épreuves humiliantes et expiatoires que subit le brillant scénariste. C'est un film pas complètement réussi, peut-être, mais où les défaillances sont compensées par les prestations exceptionnelles des acteurs et par l'ambition propre à Bonitzer de sonder, une parcelle, si exiguë soit-elle, du désordre psychologique contemporain.

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