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Old Boy , film sud-coréen de Park Chan-wook , sorti en 2003.

Distribution:

  • Choi Min-sik : Oh Dae-soo
  • Yoo Ji-tae : Lee Woo-jin
  • Kang Hye-jeong : Mi-do
  • Kim Byeong-ok : Mr Han
  • Ji Dae-han : No Joo-hwan
  • Oh Dal-su : Park Cheol-woong
  • Lee Seung-shin : Yoo Hyung-ja
  • Yun Jin-seo : Lee Soo-ah
  • Oh Kwang-rok : L'homme qui se suicide

Fiche technique:

  • Titre original : Oldboy 올드보이
  • Réalisation :Park Chan-wook
  • Scénario : Park Chan-wook, Hwang Jo-yun et Lim Chun-hyeong, d'après le manga de Minegishi Nobuaki et Tsuchiya Garon
  • Musique originale: Jo Yeong-wook
  • Photographie : Jeong Jeong-hun
  • Montage : Kim Sang-beom
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 120 minutes
  • Date de sortie : 21 novembre 2003 (Corée du Sud),
    29 septembre 2004 (France)

Récompense : Grand prix du jury lors du Festival de Cannes 2004.

L'action débute en 1988. Oh Dae-Soo passe la soirée dans un commissariat de quartier, le jour de l’anniversaire de sa fille. Passablement emêché, il vocifère, danse, joue le martyr et insulte les policiers qui le retiennent, dans l’attente de l’arrivée d’un ami responsable. Une fois libéré, Dae-Soo se précipite dans une cabine téléphone pour appeler sa fille, puis passe le combiné à son ami. Lorsque ce dernier se retourne, quelques instants plus tard, pour lui passer sa femme, Oh Dae-Soo a disparu.

Enlevé, Dae-Soo est enfermé dans une chambre avec, en guise de seul contact avec le monde extérieur, une télévision et ses fenêtres interchangeables sur le temps qui passe. Deux mois, trois mois... Pourquoi Dae-Soo est-il enfermé, par qui, et pour combien de temps ? Les années passent. Dae-Soo craque tout d’abord, puis reprend des forces en s’abandonnant à l’idée de la vengeance. 15 ans après son enlèvement, Dae-Soo a presque fini de creuser un trou dans le mur pour s’échapper, quand il est libéré, sans aucune explication.

Oh Dae-soo est contacté par le commanditaire de son enlèvement. Celui-ci lui propose alors de découvrir les raisons de son incarcération, lui laissant pour seul indice ce proverbe : « le caillou et le rocher coulent dans l'eau de la même façon. » Abandonné à lui même, il a 5 jours pour découvrir la vérité.

Old Boy est au départ un manga de Minegishi Nobuaki et Tsuchiya Garon en huit volumes, sorti en 1997. Le producteur Kim Dong-joo en a racheté les droits d'adaptation pour moins de 11 000 euros. C'est le deuxième opus d'un triptyque sur le thème de la vengeance, initié en 2002 avec Sympathy for Mr. Vengeance et clôturé en 2005 avec Lady Vengeance.

" Ris et le monde rira avec toi. Pleure et tu pleureras seul."

Il faut le savoir, c'est un film dur, qui n'hésite pas devant certaines scènes relevant du sadisme et où la perversion se montre présente autant au niveau du scénario que sur un plan visuel. En dépit de ce climat très lourd, la violence est omniprésente, certes mais jamais gratuite, racoleuse ou hyper esthétisante.

Habilement, Park Chan-wook coupe juste avant les visions les plus traumatisantes ("Les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous serez plein de courage" dit un "méchant" à Dae-su alors que celui-ci se retrouve dans une situation critique).

Mais ramener Old Boy à ces quelques scènes serait très limitatif. Le film repose en effet avant tout sur un scénario réellement intéressant, touchant à quelques tabous et qu'une mise en scène largement inventive et spectaculaire sans être démonstrative illustre fort bien, multipliant les différents angles de prises de vue, alternant gros plans et profondeur de champ quand ce n'est pas en les associant ou par quelques judicieuses incrustes.

L'extrême sentiment d'absurde qui hante l'entame du film, symbolisé entre autre par cette vision trompe l'oeil d'une fenêtre donnant sur un paysage campagnard orné d'un moulin permettra par la suite, même en mode mineur, de maintenir un suspense véritable débouchant sur quelques rebondissements assez surprenants. Le film est entièrement vu du point de vue de Dae-su ,le spectateur progresse avec lui, ce qui signifie aussi qu'il reste dans le brouillard à la recherche d'explications pendant la plus grande partie du film. Comme lui, il s'interroge par exemple sur la véritable personnalité de la jeune Mido, sortie de nulle part et décidée à devenir son alliée.

Old Boy est le deuxième volet d'une trilogie consacrée au thème de la vengeance. Mais ici la vengeance se double d'une enquête, le "Pourquoi ?" restant indissolublement lié à la démarche vengeresse de Dae-su. Double quête donc. Le volet "recherche de compréhension" semble toujours prêt à tantôt freiner, tantôt accélérer celui de la pure vengeance.

A ces deux thèmes s'ajoutent ceux de la solitude et de la monstruosité engendrée par le désir de vengeance et la violence que celle-ci génère forcément, enfermant celui qui en est l'esclave dans un étau dont il ne peut s'extraire ("Chercher à me venger est devenu une partie de moi-même" confie Dae-su à Mido). Sans oublier d'autres points importants tels que l'égoïsme, la rumeur et ses conséquences, les pulsions sexuelles. Le scénario s'avère donc riche et subtil, préservant sans problème les révélations finales.

Si les trois principaux personnages paraissent manquer un peu de profondeur psychologique, la découverte de leurs actions passées et l'exposition de leurs comportements présents permettent au spectateur de construire lui-même le portrait mental des protagonistes. Les nombreuses zones d'ombre qui demeurent ont plus pour effet de renforcer l'impact du film par les questions qu'elles soulèvent, que le contraire. Park n'a pas choisi de tenir la main du spectateur tout au long de son film et on lui en sera redevable.

La mise en scène pour spectaculaire qu'elle soit parfois, n'existe pas juste pour elle-même mais reste au service de l'histoire. Si toutes les scènes dans la chambre/cellule sont très réussies, la qualité de la réalisation ne faiblit pas par la suite et le film contient au moins un plan-séquence que certains n'ont déjà pas hésité à présenter comme d'anthologie : un combat certes hautement improbable à 1 contre 20 dans un étroit et long couloir verdâtre, filmé en travelling latéral très efficace et où, une fois encore, l'humour existe, notamment dans sa conclusion. Cet humour, il arrive souvent là où on ne l'attend pas et le spectateur se souviendra de cette question posée deux fois par Dae-su à lui-même, dans deux contextes très différents : "Est-ce qu'un entraînement imaginaire de 15 ans est efficace ?" Les réponses ne sont pas forcément les mêmes à chaque fois et le rire du public débouche de scènes que l'on aurait vues ailleurs esthétisées à fond et durant trois fois plus longtemps.

Le film bénéficie de très belles partitions musicales de Jo Yeong-wook, souvent d'inspiration classique mais qui savent alterner avec des rythmes plus modernes, toujours en parfaite harmonie avec les lents et élégants mouvements de caméra, notamment de grue (beaucoup de plans filmés en plongée) ou, au contraire, accompagnant une action dont le rythme s'emballe. La musique ne fait pas que suivre le propos, elle vient parfois se placer en parfait contre-point, soulignant par exemple l'absurde

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